PASSÉ – PRESENT – FUTUR

Une semaine auprès des jeunes de l’espace Guy Môquet.

Prendre le temps de déambuler dans son quartier, l’observer, comprendre ses mutations, voyager dans le temps.

À partir des photos du passé, se mettre en scène pour montrer les images du présent. Du vivant dans le réel. Imaginer le futur en construisant des maquettes.

Back to the future !

PORTRAITS QUI PASSENT

Écriture automatique, du réel à la fiction

Observer son quartier, l’écouter, le reluquer. Lui donner du temps. S’asseoir sur ses bancs. Et regarder passer les gens… Mais qui sont-ils? Où vont-ils ? Rêver la vie de ces inconnus. Leur tailler un costume. Leur tirer le portrait. Et si ce jour-là, vous êtes passé devant nous, alors cette silhouette, c’est peut-être vous. 

Portrait 1 :

Elle s’appelle Sophie et a 34 ans. Elle bosse à son compte : “ freelance ” comme on dit, elle est “ graphiste freelance “. C’est comme ça qu’elle se présentait avant, en soirée, quand on lui demandait “ et toi tu fais quoi dans la vie ? “ Elle a toujours aimé dessiner. À l’adolescence c’est devenu une véritable passion. C’est ça qui l’a aidée à s’en sortir dans la vie. Se sortir de quoi ? De son milieu précaire, mêlé de violence, d’alcoolisme et de “médiocrité” comme on le dit. Aujourd’hui, elle s’en est sortie de tout ça. Elle ne vit plus dans ce quartier mais elle y passe de temps en temps pour aller visiter de la famille. C’était sa tante aujourd’hui à qui elle rendait visite. Sa tante, elle, ne quittera jamais ce quartier. Elle l’aime bien ce territoire. Sophie a aujourd’hui deux enfants, fruits de son mariage avec Stéphane qui bosse dans l’informatique. Louane, 6 ans et Eliot, 4 ans. C’est marrant. Souvent, Sophie s’arrête deux minutes pour réfléchir à sa vie, regarder dans le rétroviseur le chemin parcouru. Jamais elle n’aurait pensé avoir une famille, la sienne à elle. Elle est parfois nostalgique de cette période où elle se sentait libre. Libre de s’appartenir. Se tenir à part. Elle était contre le mariage “et toutes ces conneries” mais elle s’est laissée rattraper par la vie. Elle s’en veut parfois . Alors pour résister, elle garde son style bien à elle : de longues locks et des cheveux rouges. 

Portrait 2 :

On l’appelle Vif Argent. Avec les années c’est devenu juste “Vif”. Même pour les profs. Des potes jusqu’à la patronne. “Tout le monde me…m’appelle comme ça.” Il sort pour voir les potes. Aller chez Fred. Il vient de chez lui, 7ème étage, 4ème porte droite. Cité des Irlandais. Il avait faim. Mange des chips pour ne pas porter le masque. Il chaloupe, la tête haute. Cheveux crépus, coiffés en pic sur sa tête. Mais préfère les petits pains de tapioca de sa grand-mère. Le matin, il ne se rappelle pas de ses rêves. Parfois, il crie dans son sommeil. S’il était une musique : la Bossa Nova. D’ailleurs après avoir vu La Cité De Dieu, son cousin l’appelle le Brésilien.  

Portrait 3 :

Un homme. La cinquantaine bien tapée. Il sort de chez lui pour faire des courses mais il a l’habitude de trainer dans le quartier avant. Ancien loubard. Blouson noir ? Il connait tout le monde. Les jeunes, les vieux. Il sait que si il faisait partie des jeunes d’aujourd’hui, il serait là. Au milieu d’eux. Dehors. Il aurait troqué son cuir contre une doudoune The North Face. Il prend le temps d’être là. Fumer des clopes sur le banc. Regarder ce qui se trame. Lui, ce qui l’accompagne, c’est le rock des années 80. En boucle dans sa tête. La clope terminée, il part acheter ses canettes. Parce qu’après , il retrouve Gégé, París et l’autre là, celui qui parle pas. Comme tous les samedis à 18h, ils se retrouvent sur le banc, près de l’arrêt de bus et ils sirotent leurs bières. À refaire le monde. Entre les “ c’était mieux avant “ et les “ mais ça part en couille”. “Eh bah quoi ?” Oui. Ils sont là. Dehors. À boire des bières. “Ça donne pas une bonne image c’est ça ? Mais tu veux qu’on aille où ? Y’a plus de bistrot ici ! C’est comme ça ! “ Après ça, Mic va rentrer chez lui. Il vit seul. Aux Irlandais. Les gonzesses…ça va ça vient chez lui. Mais faut pas trop l’emmerder. Alors ça dure pas longtemps. Et de toute façon, lui, il lui en faut peu pour être heureux. Juste avoir de quoi vivre. Et passer du temps avec les copains. 

Portrait 4 :

Homme, 45 ans, je dirai Algérien. Travaille à la boucherie Halal, elle est à lui. Il marche de manière déterminée, il vient de la cité PVCouturier. Il a oublié un truc important chez lui, mais maintenant il retourne à la boucherie travailler. Il écoute beaucoup de musique algérienne, mais aussi beaucoup de musique française. C’est un homme droit et respectueux. Sa chemise est rouge en dessous, par-dessus il a une veste polaire bleue-grise. Il aime son travail, il a une femme et 3 enfants. Son plat préféré, c’est le gigot d’agneau, la souris plus précisément, quand c’était sa mère qui lui faisait. Il s’est disputé avec son frère. Ils ne se parlent plus depuis un an. Ça l’atteint beaucoup. C’est à propos d’un truc bête, de passation de biens, d’héritage. Mais ça le trouble beaucoup. Ses soeurs sont très présentes. C’est un homme qui marche vite, il n’a jamais vraiment le temps, ou il ne le prend pas. Il parle peu. C’est un problème d’après sa femme. Il est marié depuis 15 ans. L’habitude s’est installée. Ils ont eu le HLM il y a 10 ans maintenant, 65 mètres carrés. Chacun a sa chambre. 

PRIS DANS LES PHARES

Le projet du Culture Truck a été initié par Pris dans les phares en collaboration avec Anis Gras – le lieu de l’autre.

Quelques mots sur les initiateur.trice.s du projet:
Pris dans les phares est un groupe d’artistes pluridisciplinaires créé en 2015.

Ils conçoivent des spectacles et des installations dans l’espace public. L’écoute est à la base de leurs créations dont le point de départ est toujours la rencontre. La rencontre d’un lieu, de son architecture et de ses habitants.

Ils mènent des recherches autour de leurs pratiques artistique. Ces temps de laboratoire ce font in situ. Les passant, habitants, usagers, sont invités a contribuer à la recherche avec ce qu’ils sont ce qui les constituent. Ensemble ils se questionnent, décalent leur regard sur ce qui les entoure.

Entre janvier 2020 et octobre 2021, Le Culture Truck a sillonné le quartier Jean Macé d’Arcueil à la rencontre des ses habitants et habitantes.